Progression du frelon asiatique en France : état des lieux
De l'introduction accidentelle en Lot-et-Garonne en 2004 à plus de 5 700 communes établies aujourd'hui — retour sur deux décennies de colonisation et perspectives de progression.
Résumé — Introduit accidentellement dans le Lot-et-Garonne vers 2004, Vespa velutina a colonisé l'ensemble du territoire métropolitain en deux décennies. Aujourd'hui, plus de 5 700 communes ont une présence établie. La colonisation des derniers bastions (Est et Nord) est en cours. La France est l'un des pays les plus touchés d'Europe.
2004 : l'introduction accidentelle en Lot-et-Garonne
La présence de Vespa velutina nigrithorax est officiellement confirmée en France en 2004 dans le département du Lot-et-Garonne. L'hypothèse la plus communément retenue est une introduction accidentelle par voie de cargaison commerciale en provenance de Chine — probablement via le port de Bordeaux. La reine fondatrice aurait hiverné dans un lot de poteries ou de produits d'origine végétale.
Dès 2005, l'espèce est identifiée dans les départements voisins. La progression initiale suit les grandes vallées fluviales (Garonne, Dordogne) qui offrent des conditions climatiques favorables et des corridors de dispersion.
La progression par décennie
2004–2008
Implantation initiale
Présence limitée au Sud-Ouest (Lot-et-Garonne, Gironde, Lot, Dordogne). La menace n'est pas encore reconnue à l'échelle nationale.
2009–2012
Expansion régionale
Colonisation de la Nouvelle-Aquitaine et début de la progression vers la Bretagne (via l'Atlantique) et l'Auvergne (via le Massif Central). Classement ESOD en décembre 2012.
2013–2017
Consolidation massive
La majorité du quart Sud-Ouest est colonisé. Les premières observations fiables en Île-de-France, en Normandie et en Alsace. Bretagne fortement touchée.
2018–2022
Colonisation étendue
Présence confirmée dans plus de 70 des 96 départements métropolitains. Les zones de résistance se limitent aux départements de montagne (Hautes-Alpes, Haute-Corse) et d'extrême Nord-Est.
2023–2025
Phase terminale de colonisation
Colonisation active des derniers départements non touchés (Nord, Pas-de-Calais, Meurthe-et-Moselle). Plus de 5 700 communes avec présence établie dans les bases GBIF/INPN.
Pourquoi la progression est-elle si rapide ?
Cycle de reproduction efficace
Une reine fondatrice peut créer un nid de plusieurs milliers d'individus en une saison. En automne, chaque nid produit des dizaines de reines hivernantes qui dispersent dans un rayon de plusieurs kilomètres.
Absence de prédateurs naturels en Europe
En Asie, plusieurs espèces de prédateurs (vespulidés, abeilles asiatiques) ont coévolué avec Vespa velutina. En Europe, aucun prédateur efficace n'existe à cette échelle.
Inadaptation des abeilles européennes
Apis mellifera ne possède pas les mécanismes de défense développés par les abeilles asiatiques (boules de chaleur thermique). Les ruches européennes sont particulièrement vulnérables.
Réchauffement climatique
L'extension de la zone thermiquement favorable aux hivernages des reines fondatrices progresse vers le Nord. Les hivers plus doux favorisent une meilleure survie des fondatrices.
Commerce international
Les échanges commerciaux avec l'Asie multiplient les risques d'introductions accidentelles d'individus. Des détections ont eu lieu en Belgique, Espagne, Italie, Portugal et Royaume-Uni.
Situation en Europe en 2025
La France est le pays d'Europe le plus touché par Vespa velutina. Mais l'espèce est désormais présente dans onze pays européens : France, Espagne, Portugal, Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Suisse, Italie, Royaume-Uni (premier signalement 2016), Luxembourg, et Croatie.
Le consensus scientifique actuel est que l'éradication complète est impossible à l'échelle européenne. L'objectif des politiques publiques est désormais le contrôle des populations pour limiter l'impact sur la biodiversité (pollinisateurs, apiculture) et la sécurité des personnes.
Impact sur l'apiculture française
35–50 %
Perte de production de miel dans les zones fortement colonisées, selon l'ITSAP
1–3 %
Mortalité hivernale supplémentaire des colonies attribuée à la prédation, selon les enquêtes COLOSS
150 M€
Coût annuel estimé de l'impact économique sur l'apiculture française (ordre de grandeur)
30 000
Nids détruits par an en France, selon les estimations FREDON (chiffres variables selon les régions)
Ces chiffres sont des estimations issues d'études scientifiques. Les données précises varient selon les départements et les années.
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→ Situation par département→ Reconnaître Vespa velutina→ Méthodologie de cet observatoireSources : INPN/MNHN · GBIF · FREDON France · ITSAP · INRAE — Mis à jour le 19 juin 2026. Informations à titre indicatif.